Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum

Seigneur Jésus, blessez mon âme de la blessure très douce et très salutaire de votre charité, en sorte que Vous seul deveniez l’objet de son amour et de son désir1.

Jésus-Christ prépara longtemps à l’avance le don de l’Eucharistie

Jésus pensa à son sacrement d’amour bien longtemps avant le jour, où il l’institua.

N’est-ce pas de ce grand sujet qu’il s’entretenait avec son Père, au cours de certaines nuits passées en prière ?

« Quand vous gravissiez nos montagnes, afin de prier tout seul sur leur sommet, écrit Mgr Gay, à propos de la « solitude intérieure de Jésus », votre âme, se dégageant suavement des actes de sa vie terrestre… Devait sans doute monter dans sa silencieuse solitude et… s’y enfermer tout entière. Ce devait être là précisément le lieu propre de votre oraison.

En un sens et au fond, vous n’en redescendiez jamais : vous y viviez toujours, y conversant avec le Père. Ce que les hommes voyaient et recevaient de votre vie dérivait de là, comme les torrents découlent souvent de cimes neigeuses que le pied de l’homme n’a jamais foulées…

« C’est dans ce désert intime, inabordable et saint, que vous avez dû inventer, obtenir de votre Père, concerter avec votre Esprit et préparer, pour Marie et votre chère Église, le mystère de votre Eucharistie. Ce don suprême, total et indéfini de vous a dû vous affecter, comme un dédommagement précieux à l’incommunicable singularité de votre grâce, et comme une sorte de soulagement à je ne sais quel sentiment de plénitude que l’éminence inouïe de votre vocation et le privilège exclusivement individuel de votre union à la personne du Verbe devait naturellement causer à un cœur tel que le vôtre. Qu’est, en effet, cette adorable Eucharistie, sinon votre propre grâce « de Fils unique du Père »2 passant dans le monde à l’état d’inondation et de déluge universels ? Oh ! que cette effusion, que cette diffusion de tout vous-même a dû vous rendre heureux, en comblant entre vous et nous ces distances que l’on eût dit infranchissables ! »3.

L’Eucharistie, sacrement d’union. Il faut la désirer ardemment.

Desiderio desideraviJ’ai désiré d’un ardent désir de manger cette pâque avec vous avant de souffrir.4

Pourquoi cela ?

Parce que Jésus aspirait depuis longtemps à s’unir aux siens et que l’heure, enfin, était venue d’instituer le sacrement d’union, le sacrement d’amour.

L’Eucharistie est par excellence mystère d’amour.

On pourrait la définir : l’effort suprême de l’amour divin. Après elle, il n’y a plus rien. Le ciel donne Dieu autrement ; il ne le donne pas davantage. On connaît le mot délicieux du Curé d’Ars, un jour qu’à la messe il venait de regarder la sainte hostie avec une joie plus manifeste encore que d’ordinaire :

Ô mon Jésus, « si je savais que je dusse avoir le malheur de ne pas vous voir pendant l’éternité, eh bien ! C’est très simple, puisque maintenant je vous tiens, je ne vous lâcherai plus ! »5.

Ma Passion elle-même, avec tout son luxe de souffrances, semble nous dire le divin Maître, ne contente pas mon cœur. Il me faut autre chose, ou plutôt il me faut un signe qui renferme toute la vertu de cette Passion et qui la rende éternellement présente à la mémoire des miens.

O Dieu qui, dans l’admirable sacrement, nous avez laissé un mémorial de votre passion, accordez-nous, s’il vous plaît, de vénérer de telle sorte les sacrés mystères de votre Corps et de votre Sang, que nous ressentions constamment en nous le fruit de votre rédemption : Vous qui…6

L’Eucharistie est également le sacrement de l’union.

L’amour tend nécessairement à se communiquer. De même qu’il y a une transfusion du sang, l’amour aspire à réaliser la transfusion des âmes. L’amour humain, demeure impuissant ; l’amour divin, lui, multiplie les miracles, mais il réussit. Il réussit par le moyen d’un sacrement dont la vertu propre est l’union. Impossible d’imaginer union plus intime entre le Christ et nous ; écoutons sur ce sujet saint Anselme et saint Jean Chrysostome :

« La propriété naturelle de l’Eucharistie, déclare saint Anselme, est le mystère de l’union la plus parfaite, car aussitôt que nous l’avons reçue, elle fait que nous sommes en Jésus et que Jésus est en nous »7.

« Le Christ, dit saint Jean Chrysostome, a voulu nous montrer la grandeur du désir qui le portait vers nous. Voilà pourquoi il s’est mêlé à nous… afin que nous soyons un, lui et nous, comme les membres d’un corps ne font qu’un avec la tête. Agir ainsi, c’est le fait d’un ardent amour »8. Jésus désire que nous recevions son Corps et son Sang afin de demeurer en nous et de nous faire demeurer en lui.

Je me dirai que la sainte Eucharistie a été instituée pour moi autant et plus que pour un autre — j’en use si souvent ! — et considérerai l’ardent désir qu’éprouve Notre-Seigneur de s’unir à mon âme… Et, moi, quelle est la vivacité de mon désir ? Est-ce que j’aspire réellement, avec ardeur, à cette union, à cette transformation divine ?…

L’Eucharistie, il est vrai, ne suppose pas chez le communiant la perfection des vertus ; elle est faite au contraire pour la donner, pour accroître la vie surnaturelle, pour affermir dans le bien. Cependant, outre l’état de grâce et l’intention droite, il est une disposition que Jésus attend de nous à un degré éminent, et dont l’absence explique parfois le peu de fruit qu’on retire de la sainte communion. Pour profiter d’une nourriture, il faut la manger avec appétit ; pour profiter du pain eucharistique, il faut l’appeler de ses vœux, y penser à l’avance, le demander, le chercher, il faut surtout désirer d’un désir vrai et profond cette union au Christ qu’il a pour but de réaliser.

« Des deux choses nécessaires pour communier avec fruit », écrit saint Alphonse de Liguori, « la seconde est d’avoir un grand désir de recevoir Jésus-Christ et son saint amour. Dans le banquet eucharistique, personne n’est rassasié, au dire de Gerson, sinon ceux qui sont affamés, comme la bienheureuse Vierge Marie le proclame dans son cantique : Esurientes implevit bonis. Le Seigneur a dit un jour à sainte Mechtilde : « Les abeilles ne se jettent pas sur les fleurs pour en sucer le miel avec une avidité égale à celle qui me porte vers ton âme, quand elle désire me recevoir. » Si donc Jésus-Christ a un si grand désir de venir dans nos âmes, il est juste que de notre part, nous ayons aussi un grand désir de le recevoir, lui et son saint amour ; puisque, d’après saint François de Sales, la principale intention d’une âme qui communie doit être de s’avancer dans l’amour de Dieu. »9

O saint Stanislas, vous qui aviez une telle faim du Pain de vie qu’il vous fut apporté un jour par des Anges, faites que la fréquence de mes communions ne diminue en rien, bien au contraire, mon désir de l’Eucharistie.

La communion spirituelle du Christ

Entrons dans le Cœur de Jésus et comprenons avec quelle ardeur il désira, de son côté, l’union eucharistique avec ses disciples, avec moi… Desiderio desideravi… Cette parole pourrait se traduire : « Toute ma vie, depuis des mois et des années, n’a été qu’une longue et ardente communion de désir, une communion spirituelle avec vous, mes chers amis. »

Et, moi, est-ce que je pense quelquefois à la sainte Table, au cours de mes journées ? Est-ce que j’estime à sa valeur véritable la communion de désir ?… À un évêque de Lourdes qui demandait pour les grands malades des pèlerinages la permission de communier sans être à jeun, Pie XI répondit : « Et la communion spirituelle ? Est-ce qu’ils l’estiment comme ils doivent ? On n’a pas assez d’estime pour la communion spirituelle. Voyez donc ce qu’en dit saint Alphonse de Liguori.»

Ce qu’en dit saint Alphonse, le voici : « La communion spirituelle consiste, selon saint Thomas, dans un ardent désir de recevoir Jésus-Christ sacramentellement, et dans un amoureux embrassement, comme si déjà on l’avait reçu10.

« Que cet exercice soit agréable à Dieu, et que de grandes grâces y soient attachées, c’est ce que le Seigneur à lui-même donné à entendre à sa fidèle servante, la Sœur Paula Maresca : il lui fit voir deux vases précieux, l’un d’or et l’autre d’argent, en lui disant qu’il conservait dans le vase d’or ses communions sacramentelles, et dans le vase d’argent ses communions spirituelles. Le Seigneur a dit aussi à la bienheureuse Jeanne de la Croix que, toutes les fois qu’elle communiait spirituellement, elle recevait une grâce semblable à celle d’une communion réelle11.

« Seigneur Jésus, 
      faites que mon cœur ait toujours faim de vous… 
      Qu’il ait soif de vous, 
      ô fontaine de vie, 
      source vive de sagesse et de science, 
      torrent de volupté qui réjouissez et arrosez la maison de Dieu ! 

      « Que je ne cesse de vous désirer…

      « Que mon âme vous souhaite, qu'elle vous cherche, qu'elle vous trouve ! 12» 

Mes communions spirituelles

N’aurais-je point, par hasard, délaissé l’usage des communions spirituelles ?… Pourtant, elles sont si utiles pour préparer les communions sacramentelles : elles disposent l’âme, elles la mettent dans le sens de la grâce, elles rendent le cœur « liquide », selon le mot du saint Curé d’Ars.

N’oublions pas que « la puissance de Dieu n’est pas liée par les sacrements visibles »,13 qu’il sanctifie volontiers, à l’intérieur, les âmes où il découvre « un désir ardent procédant de la foi et opérant dans la charité ».

Rappelons-nous enfin les paroles des saints : « Nous ne pouvons pas recevoir Notre-Seigneur plusieurs fois par jour, disait saint J.-B. Vianney, mais si nous l’aimons véritablement, nous y suppléerons en nous unissant à lui par la communion spirituelle. »

« C’est par la communion spirituelle, témoignait le bienheureux Pierre Favre, qu’on se prépare à recevoir de plus grandes grâces de la communion sacramentelle.»

Citons pour terminer le cri de sainte Angèle de Foligno : « Si mon confesseur ne m’avait appris cette manière de communier, je n’aurais pu vivre »14.

« Mon Jésus, je crois que vous êtes ici présent dans le très saint Sacrement. 
Je vous aime par-dessus toutes choses et je désire vous posséder dans mon âme. 
Puisque je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement, venez au moins spirituellement dans mon cœur. 
Je vous embrasse comme vous possédant, en effet, je m'unis entièrement à vous ; ne permettez pas que je me sépare jamais de vous »15.

L’action de grâce après la communion

« Il n’y a point d’oraison plus agréable à Dieu, ni plus utile aux âmes, écrit saint Alphonse de Liguori, que celle qui se fait dans l’action de grâces après la communion…

« Il n’est pas convenable, après qu’on a reçu le Seigneur, de se mettre aussitôt à lire… ; il vaut mieux que vous employiez alors un certain temps à vous entretenir avec Jésus, qui est au-dedans de vous, en répétant au moins quelque pieux sentiment ou une prière affectueuse, fût-ce toujours la même… Jésus-Christ (agit de la sorte) au jardin des Olives.

« C’est donc par des affections et des prières que l’âme, après la communion, doit s’entretenir avec Jésus, persuadée que, dans ce précieux moment, les actes ont plus de valeur et plus de mérite devant Dieu que s’ils étaient faits en tout autre temps, parce que la présence du divin Sauveur dans l’âme, qui lui est alors intimement unie, relève la dignité de ses actes.

« Sachons enfin que Jésus-Christ, après la sainte communion, est plus disposé à nous communiquer ses faveurs. Sainte Thérèse dit qu’il réside alors dans notre âme comme sur un trône de grâces, et qu’il lui adresse ces paroles « Que veux-tu que je te fasse16 ? »17.

O Dieu d'amour, 
      vous avez donc un si grand désir de nous accorder vos grâces, 
      et nous sommes si peu attentifs à vous les demander !… 
      Quelle peine n'éprouverons-nous pas au moment de la mort, 
      en pensant à une négligence si nuisible ! 

Seigneur, 
      daignez oublier le passé ; 
      à l’avenir, avec votre secour, 
      je veux employer mieux le temps de mon action de grâce 
      et m'entretenir plus familièrement avec vous, 
      afin d'avancer dans votre amour. 
      Faites que je sois fidèle à cette résolution18.

O Marie, mon espérance, 
      assistez-moi, comme une mère assiste son petit enfant au retour de la sainte Table.

Pour aller plus loin…

“Imitation de Jésus-Christ”Livre IV “Du sacrement de l’Eucharistie”,

17. Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ.

Missel Romain,

  • Prière de saint Bonaventure après la Messe
  • Prière avant la Messe

Messe du Jour

Vendredi Saint


Notes & Références

Sujet d’Oraison pour tous les jours de l’année, Tome IV, Passion et Résurrection. Ascension et Pentecôte, P. J.-B. Gossellin, S.J., 2ᵉ édition revue et augmentée, Apostolat de a prière, Toulouse, 1941.

  1. saint Bonaventure
  2. Jean I, 14
  3. Élévation XLIV.
  4. Luc XXII, 15
  5. Cf. Trochu, p. 383
  6. Collecte de la Fête-Dieu
  7. De sacris altar., c. X
  8. Bréviaire romain, samedi dans l’Octave de la Fête-Dieu.
  9. Saint Alphonse de Liguori, Œuvres ascétiques, trad. Dujardin , tome VI, p. 56 ; Casterman, 1869.
  10. Le concile de Trente l’a décrit ainsi : « Elle consiste à manger en désir le pain céleste avec une foi vive animée par la charité » Session XIII, ch. 8 »
  11. Ouvrage cité, p. 113.
  12. saint Bonaventure
  13. Saint Thomas d’Aquin, III, Q. 80, a. 1, a. 2
  14. J.-M. Derély, La communion spirituelle, p. 10.
  15. Saint Alphonse de Liguori, ouvrage cité, p. 117.
  16. Guérison de l’aveugle Bartimée, Marc X, 51
  17. Saint Alphonse de Liguori, ouvrage cité, pp. 63-64.
  18. D’après saint Alphonse de Liguori, p. 241.
Isabelle Loriothttps://voxmaterdei.com
Auteur-Photographe, Fondatrice de Vox Mater Dei.

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