Il le regarda et il l’aima, Père Caffarel

Il le regarda et il l’aima

Les Évangiles font plusieurs fois mention des regards du Christ.

• André présente son frère Simon à Jésus : celui-ci « le regarda »1.

• Pierre vient de renier son maître : celui-ci, « s’étant retourné, fixa son regard sur Pierre », et Pierre pleura amèrement2.

• Un homme vertueux demande au Christ le chemin de la vie éternelle : « Jésus le regarda et l’aima », nous dit Marc3, qui a le don des formules brèves et évocatrices.

L’amour et le regard ont parti liée.

Il faut regarder pour aimer, mais aussi aimer pour regarder vraiment :

On ne voit bien qu’avec le cœur.

Rien mieux que le regard ne révèle l’amour. Celui qui est ainsi regardé ne s’y trompe pas, tout son être — je parle de son être intime, de son moi secret — s’éveille, frémit, s’émerveille, s’élance et vit, sous le choc de ce regard d’amour.

Une vie nouvelle, inconnue, ardente, intense, surgit en lui :

le regard d’amour suscite l’amour.

Dans le regard d’amour d’un être sur nous, le plus merveilleux n’est pas seulement ce que, dans ce regard, on découvre de l’âme et de l’amour de cet autre, mais ce qu’on n’y apprend sur soi-même. Ce regard d’amour est, en effet, un « miroir-où-l’on-se-voit-vu », selon l’heureuse formule de Lanza del Vasto.

Tandis qu’il est des regards où l’on se voit méprisable, quantité négligeable, dans le regard d’amour, on se découvre aimable

— au sens fort du mot : capable de susciter de l’amour dans le cœur d’un autre. Un tel miroir nous renseigne sur nous-même, non pas à la manière d’un miroir inanimé est impassible, mais par la joie, l’émerveillement, l’amour, l’élan qui se sont éveillés en cet être à la vue de notre moi profond, et que son regard nous révèle.

Et c’est très impressionnant de se découvrir ainsi digne d’être aimé, apte à faire jaillir l’amour dans un cœur, comme d’un rocher une source.

Comment ne pas être réconcilié avec soi-même ?

Amour, estime, respect de soi, ces sentiments sinon inconnus du moins à peine et ébauchés jusqu’alors — est très souvent faussés —, voilà que surgissent en où ils nous font prendre conscience tout à coup de notre dignité. Et, l’on sait désormais qu’on a une raison d’être, puisqu’on existe pour un autre.

Mais, il y a plus admirable encore.

Quand ce regard d’amour est celui d’un chrétien qui dans la lumière du Christ discerne, en notre moi secret, notre âme d’enfant de Dieu, notre nom éternel — celui-là que Dieu a prononcé depuis toujours, qui nous a fait naître en sa pensée divine avant de nous faire entrer dans l’existence —, ce regard alors a ceci d’infiniment bouleversant qu’il est tout transparent au regard même de Dieu sur nous, en lui nous découvrons de quel amour nous sommes aimés de Dieu.

Je suis bien sûre que Dieu voudrait pour chaque être qu’il rencontrât au moins un jour dans sa vie un tel regard. Mais, ceux-là même qui nous aiment le plus ne peuvent pas être toujours en « acte d’aimer ».

Le regard d’amour — et je parle surtout d’un regard de l’âme — sont des moments privilégiés et intermittents.

Quand il s’agit de Dieu, on peut être certain qu’il est toujours en acte d’aimer et cet acte, cette attention ardente, est présence d’amour à notre âme. Émerveillement aussi. Oui, Dieu se complaît en l’âme de son enfant, si étonnant que celui que cela puisse paraître, car en elle son regard rejoint ce qui est plus elle qu’elle-même : le nom divin éternel qui est le sien. Et, ce regard d’amour de Dieu, bien plus que tout regard humain, est efficace : il est créateur de sainteté, communication de vie divine.

Encore faut-il, pour qu’il produise ses effets, que l’âme l’accueil en s’ouvrant à lui jusqu’à ses profondeurs par un acte de foi.

Foi de l’homme qui reconnaît l’amour de son Dieu, amour actif, amour en acte.

Et, si cette foi était ardente et sans intermittence, le regard d’amour de Dieu sur l’âme ne cesserait de le faire croître en sainteté comme le soleil fait mûrir les moissons.

Prier, c’est prendre conscience de ce regard d’amour de Dieu sur soi, s’ouvrir par la foi à son action créatrice, régénératrice, divinisante et béatifiante.

Surgit alors dans l’âme l’amour de Dieu, la charité.

Pour bien prier, il faut croire à ce regard d’amour sur soi.

Il le regarda et l’aima.

Notes & Références

  1. Jn 1, 42
  2. Lc 22, 61
  3. Mc 10, 21
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