Éloge de saint Vincent de Paul par le Cal Wiseman.

Au mois de juillet 1856, peu de temps après le succès de nos armes en Orient, le Cal Wiseman se trouvait aux eaux des Pyrénées.

Survint la fête de saint Vincent de Paul, et l’illustre prélat voulut bien faire, devant un auditoire de catholiques français, le panégyrique1 du grand apôtre de la charité dans les temps modernes.

Nous reproduisons, avec ses tournures anglaises, l’analyse de ce discours que publia le journal l’Univers :

« Quand saint Vincent de Paul parut, il semblait cependant que pas un cri de l’humanité ne fut resté sans réponse ; il semblait qu’il n’y avait plus de place pour un nouveau bienfaiteur.

À Rome, en Espagne, en Italie, des hommes formés à l’école du christianisme, des saints avaient fait beaucoup pour les malades, pour les enfants, pour les orphelins ; mais Vincent de Paul viendra glaner encore après toutes ces œuvres héroïques de la charité ; il trouvait toujours à faire où les autre avaient fini.

Il y avait un gouffre creusé par la civilisation ; il y avait des bagnes qui recevaient ces êtres dont la féroce énergie était un danger public ; c’était un abîme qui engloutissait des hommes sans sympathie aucune de leurs semblables, abîme d’iniquité et de désespoir.

Eh bien ! le cœur généreux de Vincent de Paul va se dévouer à cette œuvre ; il est entré dans ces hommes désespérés ; il a baisé leurs chaines ; il les a convertis ; il a reporté dans leurs cœurs toutes les sympathies humaines ; et d’hommes affreusement abrutis, il a fait des chrétiens rachetés par le sang de Jésus-Christ, il les a régénérés en les rappelant à la vie de l’âme.

Gloire à saint Vincent de Paul !

Il a reçu et donné tous les enseignements, car il avait la puissance de la grâce ; il a bien compris les pensées du christianisme sur la femme comme fille, épouse et mère ; il a reconnu que le cœur de la femme était le plus précieux don fait à l’humanité, et il a fondé l’institut des filles de Saint-Vincent-de-Paul, qui, à toutes les tendresses de leur sexe, joignent toute l’énergie du nôtre ; ce sont elles qui, en franchissant les mers, furent les premières à faire bénir le nom du Christ chez les populations musulmanes.

Sauver les malades dans un incendie et se dérober à leur reconnaissance, c’est beau, sans doute ; mais s’agenouiller sur un champ de bataille pour y consoler des mourants, mais, panser sous le feu de l’ennemi, un soldat blessé, c’est là le plus grand miracle de la grâce, et vous les reconnaissez toutes, aujourd’hui, ces saintes sœurs à leur costume aimé du soldat.

Par une matinée froide de l’hiver, le vieux Vincent de Paul entend, dans les rues de Paris, les cris d’enfants abandonnés ; il accourt, il les prend, les caresse, les réchauffe dans les plis de son manteau, et, plein de joie et d’amour, remplace auprès de ces pauvres créatures leurs mères dénaturées.

L’amour d’une mère n’est-il pas le plus grand de tous ? Eh bien ! Vincent de Paul a tout le cœur et la tendresse d’une mère. Il a donc poussé l’élan de la miséricorde et l’amour de ses semblables au-delà de toutes les bornes connues jusqu’à ce jour.

Que serait-ce, poursuit le cardinal Wiseman, si je voulais parler ici de toutes les œuvres qu’il a fondées ?

C’est encore aujourd’hui un arbre toujours couvert de ses plus belles fleurs ; et partout transplanté, il laisse tomber des semences fertiles et qui fleurissent partout avec la même vigueur. Vous pouvez vous en convaincre ici même, vous tous qui venez chercher la santé aux sources dont Dieu a enrichi cet endroit.

Si des dames, réunies dans un salon, s’occupent à travailler pour les pauvres, au lieu d’y causer de spectacles ; si des jeunes gens, qui auraient été des désœuvrés, peut-être dangereux à la société, ont formé ces belles conférences de Saint-Vincent-de-Paul, n’est-ce pas à ce grand saint qu’on Ie doit ? Il a donc été le véritable apôtre, le véritable réformateur de la société moderne.

Et, l'Œuvre de la Propagation de la Foi aurait-elle pu être fondée ailleurs que dans sa patrie ?

L’Œuvre de la Sainte-Enfance ne fait-elle pas sur les rives étrangères ce que Vincent de Pal a fait dans les rues de Paris ? 
— et qui sait s’il ne se trouvera pas parmi ces enfants recueillis dans un jonc de la Chine un autre Moïse qui sauvera son peuple ?

C’est ici que nous voudrions pouvoir reproduire textuellement belle péroraison2 de l’illustre prélat :

« C'est un prêtre étranger qui vient vous le dire, s'est-il écrié : soyez reconnaissants du succès dont le Dieu des armées vous a récemment comblés ; soyez fiers du génie de votre nation, mais n'oubliez pas que saint Vincent de Paul a jeté sur votre patrie un reflet plus éclatant encore de foi et de lumière ; il a fait aimer votre pays des ennemis même du catholicisme, et il a fait dans la société la révolution la plus heureuse et la plus pacifique qu'on ait encore vue.

» Il est possible que vos vaisseaux, chargés de vos riches produits, portent partout le nom et la grandeur de la France ; mais, croyez-le bien, le nom de saint Vincent de Paul les portera plus loin encore, et ses missionnaires iront chez les peuples que vos canons ne peuvent atteindre. 

» Charité, miséricorde, voilà l'oriflamme de la France ; la charité illimitée de Jésus-Christ vous a été révélée par saint Vincent de Paul et pratiquée par lui-même. »

Pour aller plus loin…


Messe du Jour

Saint Vincent-de-Paul, confesseur


Notes & Références

Semaine Religieuse de Bayeux, 1865.

  1. Panégyrique Éloge fait en public ou par écrit de quelqu’un, d’une institution, d’un pays… Synonyme : apologie
  2. (du latin perotatio, avec l’influence de l’oraison) Conclusion d’un discours. La péroraison résume les principales preuves ou touche les cœurs par l’appel aux sentiments.

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